Château de Joyeuse Garde : données historiques

 

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Château de Joyeuse Garde : données historiques

    Avant même d’indiquer ce que l’on sait de l’histoire du château de Joyeuse garde, ou Goelet-Forest, il convient d’évoquer les légendes auxquelles il doit sont nom :

    • La tradition locale attribue la construction de la forteresse au célèble roi Arthur, prince celte du début du VIe siècle, dont les poètes du XIIe siècle perpétuèrent le mythe. Cette légende est ancienne puisque dans son mémoire de 1479, le vicomte de Rohan déclare à propos du château de « Goelforest »: « … auquel le roy Arthus faisoit sa résidence & tenoit les Chevaliers de la Table ronde à faire jouxtes, armes & prouesses… Duquel Roy Arthus sont issus les préédécesseurs dudict Vicomte Seigneurs d’icelle Seigneurie de Léon par droicte ligne, ainsi qu’il est notoire au païs et en la partie… ».
    • Albert Le Grand rapporte dans un épisode de la vie de Ténénan (VIe ou VIIe siècle) que le saint fît bâtir l’église de « Gouëlet-Forest » près du château de Joyeuse-Garde ainsi nommé parce que ses gardes se réjouirent grandement de l’arrivée du moine…
  • 1180 : Scission du comté de Léon par Henri II Plantagenêt; la châtellenie de Landerneau échoit à Hervé, second fils de Guyomarc’h IV, fondateur de la branche cadette des vicomtes de Léon.
  • 1296 : Landerneau est pillée à deux reprises par les Anglais; Brest est citée, mais pas Joyeuse-Garde.
  • Fin du XIIIe siècle : D’après une enquête de 1411 relative aux droits des vicomtes de Léon en Cornouaille, un navire étranger fut arraisonné par les hommes d’Hervé V de Léon (« Hervé Fieuz Mahaut », mort en 1304) et conduit jusqu’à Landerneau, devant son manoir de « Goueslet-Forest ». C’est la première mention du château.
  • 1330 : Le prieuré-cure de Goelet (ou Goëllo)-Forest est cité comme paroisse. Hervé VII de Léon y fait une fondation, deux ans plus tard.
  • 1341-1342 : Début de la guerre de Succession de Bretagne.
    Le château serait attaqué à plusieurs reprises, cependant l’imprécision des anciennes chroniques médiévales de Jean Le Bel et de Jean Froissart ne permet pas d’affirmer que « Goy-La-Forêt » corresponde à Goelet-Forest. La position de ce dernier à proximité de Brest, tenue par les Anglo-Bretons, nous autorise à penser que certains des évènements décrits dans les chroniques ont bien eu pour cadre Joyeuse-Garde et ce malgré certaines invraissemblances géographiques.
  • Juin-juillet 1341 : Pour couper court aux prétentions de Charles de Blois, Jean de Montfort s’empare de nombreuses places bretonnes lors d’une rapide chevauchée. Aidé d’Hervé VII de Léon, il occupe notamment, sans combat, le château de « Goy-La-Forêt » dont le capitaine était un ancien compagnon d’armes du vicomte. Cette conquête paraît peu logique puisque, s’il s’agit de Joyeuse-Garde, la forteresse était déjà détenue par Hervé de Léon. A. de La Borderie identifie ce « Goy-La-Forêt » au château de La Forêt en Grandchamp tombé dans le domaine ducal au milieu du XIIIe siècle.
  • Mai-juin 1342 : Gauthier de Mauny, capitaine montfortiste, capture Hervé de Léon, passé dans les rangs blésistes, au manoir de Porléac’h en Trégarantec. Il s’empare de surcroît du château de « Goy-La-Forêt » aux dépens de Charles de Blois qui en avait confié la défense à Hervé de Léon et à Guy de Goy. Après un rude assaut décrit par Froissart. Gauthier de Mauny reprend la route d’Hennebont abandonnant la place, probablement sans y laisser une garnison puisqu’elle est peu après réoccupée par Gérard de Malain, capitaine de Charles de Blois.
  • Août-septembre-octobre 1342 : Une flotte anglaise conduite par Robert d’Artois arrive à Brest le 18 août et repousse l’armée française qui en faisait le siège. Au cours de leur repli sur Morlais, ces troupes évacuent le château de « Goule Forest » avec toutes les victuailles qu’il contenait. Froissart cite « Goy-La-Forêt » parmi les places assaillies et détruites par Robert d’Artois lors de la chevauchée.
  • 1363 : Hervé VIII de Léon meurt sans enfant; sa soeur Jeanne de Léon qui a épousé Jean I de Rohan, porte la vicomté dans cette famille.
  • 1373 : Lors de l’exil de Jean IV, duc de Bretagne, en Angleterre, Bertrand du Guesclin met des garnisons à Goelet-Forest et à Saint-Mathieu.
  • 1375 : Jean IV reprend Saint-Mathieu, Saint-Pol et, indubitablement, Goelet-Forest.
  • 1386-1387 : Le château est vraisemblablement occupé par les troupes franco-bretonnes lors des sièges de Brest.
  • 1479 : La forteresse paraît intacte puisque dans son mémoire contre le comte de Laval, le vicomte de Rohan déclare : « La Forest de Goelforest, près de laquelle il y a un chasteau audit Vicomte de grand et honorable édifice… ». Celui-ci serait confisqué par François II au même titre que La Roche-Maurice et les autres places de Jean II de Rohan qui dès 1470, embrasse le parti du roi de France contre le duc.
  • Vers 1490 : Le château de La Roche-Maurice est détruit par les troupes françaises retranchées à Brest; Goelet-Forest serait aussi démantelé.
  • 1549 : Le château est ruiné d’après un aveu du vicomte de Rohan au roi. Les vestiges sont aliénés par Henri de Rohan en 1571 mais récupérés dès 1578 car leur acquéreur, Troïlus de Mesgouez, en profitait pour porter le titre de « Baron de Joyeuse-Garde »…

Certains bâtiments du château demeurent occupés jusqu’au XVIIe siècle alors qu’une ferme est construite dans l’enceinte. On utilise la forteresse comme carrière de pierres pour l’édification de nombreuses maisons du voisinage en dépit des interdictions formulées par les vicomtes de Rohan.

II] Le site & l’état des vestiges ►